Intégrale de Peuterey - Extraordinary race for ordinary mountaineers

Intégrale de Peuterey - Extraordinary race for ordinary mountaineers

Intégrale de Peuterey, du 26 au 28 juin 2018, par Mathilde Bonnefoi

L'Integrale de Peuterey est une course d’enchainement d’arêtes qui prend fin sur le toit de l’Europe.

 

"Nom légendaire, profil gravé dans le ciel, grande ambiance, escalade magnifique, tout concourt à faire de la Sud de la Noire la course de rêve."

Les 100 plus belles courses, Gaston Rébuffat

 

 

« La simple prononciation du mot « Peuterey » évoquait en moi un enthousiasme fou, celle d’«Intégrale » suscitait un rêve inaccessible. »

 

Les conditions semblent bonnes, et le plus important, la météo est stable pour la semaine. Avec Benjamin Courant, nous choisissons minutieusement notre matériel. Nous avons besoin de 3 jours de nourriture, du gaz, un réchaud, un duvet, une doudoune, une gore tex, des broches, des friends, 2 piolets, des crampons, des sangles, quelques dégaines, un brin de corde de 60m, une paire de chaussons, des grosses… bref même avec du matériel léger, nous porterons lourds !

 

 

J0 : Le départ

Benjamin et moi montons à Borelli (2316m) depuis le camping de Peuterey. Le refuge n'est pas gardé mais il y a du gaz et des casseroles. L'eau de névé coule juste à côté, nous économisons alors notre gaz avant de l'avoir entamé.

(Photo1)

Le refuge Borelli (2316m) non gardé, proche des départs des arêtes Sud et Est de la Noire.

 

 

J1 : Du bon rocher

Nous sommes en train de nous réhydrater au refuge alors qu’il ne fait pas encore jour lorsque nous apercevons une frontale qui monte vite, très vite, trop vite pour être vrai…
A 4h du matin : « Salut Kilian, tu vas où ? (…) L’Intégrale à la journée, et depuis le bas ?! (…) Ah ouais quand même... ». Kilian passera par l’arête Est et nous par l’arête Sud de la Noire.

(Photo2)
L’arête Sud avec le pic Gamba, les 5 pointes et le sommet de la Noire de Peuterey

 

L’ambiance est grandiose, l’escalade magnifique et le caillou très bon. Les pointes s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Je sors les chaussons à la pointe Ottoz, mon escalade devient plus sûre et un peu plus rapide pour les dernières tours qui grimpent le plus. Sur 1100m de grimpe, ça compte ! La voie est équipée de nombreux pitons, quelques rares spits dans les passages difficiles et cela se complète très bien avec un petit jeu de friends. Il y a un peu de recherche d’itinéraire surtout au début de la course mais les traces de passage sont nombreuses et nous évoluons en corde tendu lorsque le terrain est facile.


(Photo 3 et 4)

Nous arrivons une centaine de mètres sous le sommet de la Noire vers 16h30, il y a un névé pour faire de l’eau et un bon emplacement de bivouac, nous nous arrêtons ici. Nous savons qu’une autre cordée est devant et qu’elle s’installera très certainement au bivouac 2 places proche du sommet et confortable. Nous préférons alors jouer l’assurance d’avoir une plate-forme à peu près plate pour dormir.

 

 

(Photo 5 ou 5 bis)

Bivouac J1, 100m sous le sommet de la Noire.

 

 

J2 : ça n'avance pas ! Avancé avec du retard ?

 

Aujourd’hui la route est longue. Nous attaquons au lever du jour l’escalade pour rejoindre le sommet de la Noire, une cheminée et quelques fissures verticales au-dessus du bivouac puis du terrain facile.

 

(Photo 6)

Itinéraire global


(Photo 7)

Tout sourires, avec la vierge en haut de la Noire… qui est pourtant blanche

 

Nous croisons des copains en haut de la Noire vers 8h30 qui descendent après l'ascension de la Rati. La cordée, avec nous au refuge, descend aussi par l’arête Est. Pour le moment, nous sommes donc seuls à partir sur la suite, puisque Kilian doit déjà être dans son bain !  Les 15 rappels de la Noire ont été rééquipés avec des magnifiques plaquettes de 12 mm et des cordelettes rouge vif pour une visibilité idéale. Quel bonheur de ne pas pendouiller sur des vieux clous !

 

(Photo 8)

Les rappels raides et encaissés de la Noire

 

Ça descend vite et propre jusqu’au pied où l’on atterrit dans un couloir de neige qui ne fait pas rêver. On ne s’attarde pas, le traversons encordés très courts et remontons en face par des dalles faciles, direction les dames anglaises.

Nous effectuons une double erreur d'itinéraire pour une perte de temps optimale. Nous passons au bivouac de Craveri vers 17h, la journée est déjà bien entamée...

« Salut Martin (Elias), vous allez où ? (…) L’Intégrale à la journée, et par l'arête Sud ?! (…) Ah ouais quand même... »

Nous continuons encore une bonne heure et nous nous pose sous la pointe Gugliermina, pour un gros coup de grisou : fatigue, froid, faim et soif nous font nous demander comment nous allons sortir d’ici avec le retard pris. Nous comptons sur le soleil du J3 qui devrait nous faire du bien, en tout cas, on l’espère…

 

 

J3 : du pain sur la planche.

La montée au sommet de la Blanche se fait rapidement et avec une énorme motivation survenue, comme espérée, avec le lever du jour...et quel lever !

 

(Photo 10)

L’ambiance fait même rougir les Grandes Jorasses et la dent du Géant…

 

Le caillou est bon, pris morceau par morceau, et surtout bien meilleur que notre couloir infernal (erreur d'itinéraire n°2) de la veille. Nous évoluons rapidement jusqu’au sommet sud de la Blanche dans un terrain assez facile.

 

(Photo 11)

Le terrain se prête bien à la corde tendue et aux micros longueurs, assurages sur becquets.

 

La traversée entre la pointe sud et la pointe nord-est de la Blanche de Peuterey est incroyable : une arête en neige très effilée avec quelques passages de mixte et de glace au milieu, et une vue incroyable ! Nous sommes seuls au monde.

 

(Photo 12 et 13)

 

La descente jusqu’au col de Peuterey, sur des clous cette fois-ci, se déroule sans encombre et nous privilégions toujours les rappels courts pour éviter les coincements de corde. Nous remontons le Grand Pilier d'Angle, droit dans la face. Aucune chute de pierre n'est à déplorer, les conditions sont sèches mais correctes.

 

(Photo 14)

Le Grand Pilier d’Angle en toile de fond, nous passerons au milieu de la face, bien à gauche du couloir de neige

 

(Photo 15)

En arrière-plan, les pointes Sud et Nord de la Blanche, en contrebas, le col de Peuterey

 

 

Pour rejoindre le Mont Blanc de Courmayeur, il y a beaucoup de glace très dure. Bien fatigués et voulant sortir au plus vite, nous éviterons autant que possible la glace qui est très dure favorisant les passages en neige couic et en mixte pour favoriser une avancée plus rapide.

 

(Photo 16)

Passage en mixte, 200 m sous le Mont Blanc de Courmayeur

 

L’arrivée au Mont Blanc de Courmayeur se fait par une énorme corniche déversante. Ce choix n’est pas forcément l’idée du siècle mais nous souhaitions couper au maximum dans une météo brouillard (nous ne sommes définitivement plus très lucide à ce moment de la course). A 19h, seuls au sommet du Mont Blanc, nous savourons cet instant hors de tout. A bout de force, nous nous laissons glisser sur la deux fois deux voies de l'arête des Bosses pour rejoindre le refuge du Goûter à 20h30, où nous serons accueillis comme si nous revenions d'une course extraordinaire.